Teinture aux brous de noix – Dyeing with walnut husks

Après une année blanche en terme de noix en 2019, cette année est fabuleuse! J’attends toujours la saison des noix avec impatience, car les brous de noix sont les plus belles sources de nuances de marrons qu’on peut trouver à mon avis!
Les Noyers d’Europe (Juglans regia) sont qualifiés par Dominique Cardon de « véritables usines biochimiques de production de colorants ». Ils contiennent une molécule de la famille des naphtoquinones appelée juglone, très proche chimiquement de la molécule de lawsone du Henné (gardez-ça à l’esprit pour la suite!). Contenant également des tanins, l’usage en teinture ne demande pas de mordançage préalable (une étape en moins, youpi!). Utilisé depuis très longtemps en Europe, le Noyer (feuilles et coques vertes autour des fruits qu’on va appeler « brous ») donne des couleurs très solide, Colbert, au XVIIème siècle, classera la teinture au Noyer dans sa liste des « grand teint ».

After a year without walnuts in 2019, this year is fabulous! I’m always looking forward to walnut time, because walnut husks are, in my opinion, the most beautiful sources of brown shades you can get!
The European walnut trees (Juglans regia) are, so says Dominique Cardon,  » real biochemical factories for dye production ». They contain a molecule from the naphtoquinone family called juglone, very similar to the molecule lawsone, found in henna (keep that in mind for what follows!). Also containing tannins, the use of walnut in dyeing doesn’t require any mordant (one step less, yippee!). Used for a very long time in Europe, the leaves and husks of the walnut tree give solid colors that have been classified as « grand-teint » by Colbert in the XVIIth century (meaning colorfast).

Je vais vous décrire dans cet article, avec plein d’images, comment j’aime utiliser les brous de noix frais! Avec tout d’abord une série d’images prises à Marle, au Musée des Temps Barbares, fin septembre lors d’un week-end sans public. je venais de récolter des brous bien verts dans le champ du voisin et je les avais, comme je fais d’habitude, mis à macérer dans un fût fermé avec de l’eau de pluie. J’ai emmené mon fût et teinté sur place…

I will describe in this article, with many photos, how I like to use freshly harvested walnut husks! First, here is a series of photos taken at the Musée des Temps Barbares of Marle, during a private week-end at the end of September. I just had harvested some husks at the neighbor’s and, as I usually do, I had put them in a sealed container with rainwater. I took my container with me and dyed on site…

Comme la macération était toute jeune, la couleur sortie des bains (trempage de quelques heures voire une nuit ou une journée entière) était très surprenante, un magnifique vert! Les personnes autour de moi le trouvait très beau mais je leur disais que ça allait s’oxyder… Et c’est ce qui s’est passé. Ça a pris pas mal de temps, mais l’oxydation a bien eue lieu! Quand on met à macérer des brous très verts fraîchement récoltés, les fibres en ressortent vert kaki plus ou moins sombre. On a le même résultat quand on utilise les petites noix vertes de l’été (celles qu’on prend pour faire du vin de noix!), à voir ici. La réaction d’oxydation qui se produit peut-être très spectaculaire!

As the maceration was very young, the color that came out of the bath ( leaving it a few hours or even a night/day) was really surprising for the people present, a gorgeous green! People around me found it very pretty but I told them that it should oxidise… And that’s what happened. It took quite a long time but it did! When you start a maceration with green husks, fibres come out green, a more or less deep khaki. You get the same result when you are using the little green young walnuts in summer (those you can make walnut wine with), you can see that here. The oxidation can be quite spectacular!

Sortie du bain – Out of the cold bath

Le lendemain – The next day

A la maison après lavage – At home after rinsing

Spectaculaire, n’est-ce pas? La juglone ressemble beaucoup à la lawsone du henné… Si vous avez déjà teinté vos cheveux avec du henné, vous connaissez bien ce principe de la couleur définitive qui n’apparaît que quelques jours plus tard, il y a aussi une oxydation! A propos de henné et de noix, Catherine Ellis a récemment posté un article sur des expérimentations pour remplacer le henné par des brous de noix dans une cuve d’indigo organique…

Spectacular, isn’t it? Juglone is highly similar to lawsone, the dye in Henna… Told you! If you have ever dyed your hair with henna, you know that the definite color is achieved after a few days, oxidative process going on! And Catherine Ellis did some very interesting experiments  to replace henna with walnut husks for an organic indigo vat… 

Comme il y a deux beaux noyers sur le terrain du musée, nous avons récolté! J’en profite pour vous montrer mon nouveau support de chaudron de démonstration, réalisé par Romain, l’Arbre-forge!

As there are two beautiful walnut trees on the grounds of the Museum, we gathered some! And with these photos I can show you my new stand for my demo copper pot, made by Romain, L’Arbre-Forge!

Une partie des brous étaient déjà marrons ou noirs, c’est à dire déjà oxydés, je les ai fait bouillir pendant une petite heure pour teindre un tissu de laine. Le bain a été refroidi, puis filtré et complété par de l’eau de pluie. Je ne peux pas vous dire exactement le rapport entre poids des brous et poids de la laine que j’ai utilisé, car je n’ai pas pesé… C’était week-end de « mini-vacances »! Les recettes anciennes ou récentes (donc généralement dérivées des anciennes…) préconisent entre 300 et 400% de brous pour cette teinture à chaud, dans un chaudron en cuivre. Pourquoi le cuivre? Je ne sais pas si c’est un truc qui s’est gardé dans les habitudes ou si ça a une réelle incidence sur la teinture… Un chimiste dans la salle?
Avec les teintures à chaud, on obtient des marrons qui n’ont pas autant de vivacité et de profondeur que ceux obtenus avec les macérations à froid, mais elles permettent d’utiliser à fond les brous. Même ceux stockes en fût dans de l’eau de pluie depuis des mois, voire des années. C’est ainsi qu’on procédait à la manufacture des Gobelins.

Part of the husks were already brown or black, meaning oxidised, I boiled them for an hour to dye some wool fabric. The bath was cooled down, filtered and topped up with rainwater. I can’t tell you the exact ratio between husk weight and fabric weight that I used, I didn’t weigh… It was a mini-holiday week-end! Ancient and more recent recipes (the recent being derived from the ancient ones…) recommend 300-400% of husks for this hot dyeing, in a copper pot. Why copper? I don’t know if it’s something that stayed out oh habit or if it has a real effect on the dye… Any chemist in the room??
With hot dyeing, you get browns that are less lively and deep than those obtained in cold maceration, but it’s great to use up the husks. Even those which have been stored in rainwater for months, years even. this is what they did at the Gobelins manufacture.

Quelques images de la teinture, merci à Marie pour les photos!
Some pics of the dyeing, Thanks Marie for the photos!

Et voici la couleur finale une fois séché, rincé et séché à nouveau! Je laisse toujours reposer/sécher mes teintures aux brous de noix avant lavage pour laisser tranquillement l’oxygène faire son boulot! Ce tissu devrait devenir une robe pour moi.

And here’s the final color of the fabric after drying, rinsing and drying again! I always leave my walnut dyes sit before rinsing, to let the oxygen do its job! This fabric will probably become a dress for myself.

J’ai pu récolter encore pas mal de brous plus ou moins verts, provenant d’arbres différents. Dans certains cas, j’ai sépare les coques vertes de celles qui étaient déjà un peu noires. Quand on a déjà du noir sur les brous, les fibres dans le bain de macération ne sortent pas vertes, mais fauves. cependant, l’oxydation a quand même lieu et la teinte de sortie de bain ne va pas être la même que la teinte finale!

I gathered quite a lot of walnut husks, from several trees, more or less green. In some cases, I separated the green husks from the others. When you have some black on the husks, the fibers in the maceration bath won’t come out green but fawn, but it will nevertheless oxidise and the color you pull out of the bath won’t be the same as the final color!

Voici l’aspect des brous bien verts mis à macérer après quelques semaines, on voit bien cet aspect vert-bleu typique. Il est important que le récipient soit fermée hermétiquement. Une macération de ce type donnera des nuances de marrons ou bronze, alors que l’autre (celle avec des brous déjà un peu plus vieux) comme sur la photo en haut, donnera davantage des fauves ou des roux!

Here’s what the very fresh green husks look like after a few weeks of cold maceration, you can see this typical blue-green tinge. It’s important to keep it in an airtight container. A maceration like this will give you brown or bronze shades whereas the other  one (with older husks) like in the above picture will give you more fawn or russet colors!

Macerations

Je mets généralement les brous verts à macérer en gros morceaux. Quand je sens que ça faiblit un peu, je repêche les morceaux et les re-casse en plus petits! On voit bien à la cassure les zones qui ne sont pas encore oxydées. j’ignore la chimie exacte de ce qui se passe, mais j’aime bien parfois juste expérimenter et apprendre empiriquement! Avec les noix, on peut s’amuser même si certaines teintes ne pourront pas être reproduites exactement… ça fait partie de la beauté de cette façon de teindre je trouve! Dans mon métier, je dois respecter les grammages, les procédures et les températures pour obtenir des résultats constants et reproductibles, donc le temps des brous de noix frais est mon temps de liberté au travail!

Generally, I cut up the green husks into big chunks. When I feel the bath weakening a bit, I fish out the pieces and break them up into smaller ones. You can see that there are areas that are not oxidised at the breaking zone. I don’t know the exact chemistry of what’s going on, but I like to experiment and learn this way! With walnuts, you can really have fun even if some shades will not be reproducible… It(s part of the beauty of this dye! As a dyer, I have to stick to exact weights, temperatures and procedures to get even and faithful results, walnut time is therefore fun-at-work time for me!

En pratique, quand on se sert de ces macérations à froid, il faut bien humidifier les fibres avant de les tremper. Si cela remonte à la surface à cause de l’air emprisonné, vous aurez des zones qui vont s’oxyder avant le reste! Il y a toujours des irrégularités sur ce genre de teintures cependant. Vous pouvez tremper vos fibres au contact des brous ou bien utiliser un panier (je fais les deux, selon ce que je voudrais avoir et ce que je teinte).
C’est une bonne idée de vérifier les macérations et de touiller les fibres qui trempent 2 à 3 fois par jour pendant la durée de la macération froide.

In practice, when you do cold maceration, the fibers should be wet before putting them into the bath. If your fibers come back to the surface because of the air trapped in them, some places are going to oxidise before the rest! There are often some irregularities in these dyes nevertheless. You can dye by leaving the husks in contact with the fibres or using a basket (I do both depending on what I dye).
It’s a good idea to check out and to stir the fibres  2 or 3 times ad day while the cold maceration lasts.

Il y a certaines choses plus délicates à teinter, comme les foulards/écharpes de soie qui ont la fâcheuse tendance à emprisonner de l’air! Il faut bien les surveiller et remuer régulièrement. Si je laisse les écheveaux à tremper pendant 12 voire 24 ou 48h, je trempe les soies moins longtemps, mais j’aime bien faire plusieurs bains, entrecoupés d’oxydation, ça rend la teinte plus profonde. Ci-dessous, on voit bien les nuances différentes entre le bains de noix vertes en haut et déjà oxydées en bas.

There are certain pieces that are more tricky to dye,  like silk scarves that have the habit of trapping air bubbles! They have to be watched closely and stirred regularly. I leave my wools between 12 to 48 hours in the bath, but I use shorter baths for the scarves,  I like to dip them more than once, letting oxidise in between, it deepens the shade. Below, you can see the different hues in a bath with green husks on top and older ones at the bottom. 

Voilà, j’espère que ce petit reportage au pays des brous de noix vous a plu! J’aurais bien voulu poster un peu plus tôt, mais le travail m’en a empêché! Voici venu le temps où la météo devient capricieuse et humide, les écheveaux humides envahissent la maison et mettent des jours à sécher!

That’s it! I hope you enjoyed this little journey in the walnut husk world! I wanted to post sooner, but a lot of work kept me busy! Now is the time of year where the weather becomes moody and humid, damp skeins invade my house and take days to dry! 

Une dernière image? Oui, il m’en reste une à vous montrer, avec les foulards en soie teintés en macération froide. Au moins, pour celles-ci, je n’ai pas à me soucier du séchage, un peu de vent et hop le tour est joué! Sur la gauche, ce sont les deux écharpes en coton que j’ai teintées le week-end dernier à Dreux lors de mes démonstrations.

A last photo? Yep, still have one to show! Some silk scarves… These are all dyed in cold maceration of husks. At least for those, I don’t have to worry about drying, a little wind does the trick quickly! On the left are the two cotton scarves I dyed last week-end in Dreux during a demonstration!

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5 commentaires pour Teinture aux brous de noix – Dyeing with walnut husks

  1. Claude dit :

    Toujours fabuleux ce que vous faites. Un réel plaisir à vous lire et vous suivre. J’ai plongé des brous de noix il y a deux ans dans une grande casserole. J’avoue que je l’avais oubliée… je vais voir dans quel état c’est. Merci pour votre partage.

  2. Merci pour cet article bien instructif ! Les brous de noix ont été ma première expérience en teinture, et c’est génial pour débuter vu à quel point ça marche bien (j’avais aussi oublié un brou dans ma poche arrière de pantalon, j’ai eu une trace brune sur la fesse pendant des semaines haha). J’adore tes couleurs, surtout les fauves, il faudra que j’essaie cette différence dont tu parles entre brous verts et brous plus âgés/oxydés.
    Une question : aurais-tu une idée pour tenter de conserver ce merveilleux vert que tu as obtenu sur la 2e photo de l’article ? C’est exactement le genre de teinte qui me fait baver. Peut-être en lavant directement à l’eau vinaigrée à la sortie du bain ? Comment « stopper » l’oxydation ? Est-ce même possible ?

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