Pastel, cocagnes et extraction – Woad, balls and extraction

Première fois que je récolte mon Pastel cette année! D’habitude j’ai déjà 2 ou 3 récoltes à mon actif en août, mais 2020 n’est pas une année comme les autres à tous points de vue! L’hiver très doux a favorisé l’apparition de parasites et c’est la première fois que j’ai eu des pucerons cendrés sur mes plants de Pastel! Ils ont fortement affaiblis certains de mes plants et j’ai préféré les laisser s’en remettre à leur rythme. Ensuite il y a eu la forte sécheresse, j’ai été obligée d’arroser un peu pour ne pas tout perdre… J’en ai repiqué moins que l’année dernière alors mes plants sont précieux! Les pluies sont finalement arrivées et avec elles, mon pastel s’est refait une santé, ce n’est donc que maintenant que j’ai pu récolter. Comme d’habitude depuis 2 ans, je ne fais pas seulement une extraction de pigment mais aussi des cocagnes en parallèle. Voici quelques images et quelques explications, car je reçois souvent des questions à ce sujet.

First time I harvest my woad this year! usually I already have done 2 or 3 harvests this time of year, but 2020 has not been a normal year for many things! The very mild winter has triggered the occurrence of many parasites and it’s been the first time I get ashy aphids on my woad plants! They weakened some plants a lot and I preferred letting them recover. Then, there has been a severe drought, I had to water the woad a bit to avoid losing it… I transplanted less than last year, so the ones I have are precious! Rains finally came and with it my plants got stronger, so I decided to harvest. For two years now, I’ve been doing not only an extraction but also some woad balls. Here are some photos and some explanations, because I get quite a few questions about that.

Vous trouverez tout en bas de l’article quelques conseils de culture pour le Pastel, qu’il me semble importants de rappeler. Evidemment, comme toujours, ce n’est que mon retour d’expérience, mais après 8 ans de culture tous les ans, je commence un peu à connaître cette plante et ses besoins, en tout cas dans ma région et sur mon sol!

You will find at the bottom of this article some tips to grow woad that seem important to mention. Of course, these tips are based only on my own experience but after 8 years of cultivation, I start to know a bit about the needs of woad, in my region and on my soil anyway!

Réalisation des cocagnes – Making woad balls

Faire des cocagnes de pastel n’est pas très difficile, mais c’est la suite qui est plus ardue. Personnellement, je fais des cocagnes pour un essai de montage de grande cuve en fermentation quand j’en aurais assez. On me demande souvent comment teindre avec des cocagnes, mais c’est un exercice difficile et qui est souvent voué à l’échec quand on ne dispose pas de beaucoup de pastel. C’est très tentant de « faire comme au Moyen-Age », avec le pastel, mais croyez-moi c’est loin d’être évident. Il faut déjà un peu avoir l’habitude des cuves de bleu, et en particulier des fermentations, qui ne sont pas simples à gérer et qui demandent beaucoup d’attention. Ensuite, le pastel est une plante à bleu très particulière, qui renferme très peu de pigment, ce qui rend des essais « en petit » vraiment peu concluants. En Afrique, on fait des cocagnes avec certaines espèces de plantes à indigo et on peut les utiliser directement pour monter une cuve en fermentation en ajoutant un alcalinisant comme l’eau de cendre, ça marche assez bien quand on surveille bien sa cuve, mais notre Pastel ne jouera pas le jeu de la même manière…

Making woad balls is very easy, but it’s what to do with them that is much more difficult. Personally, I make them to gather enough material to do some trials in a bigger fermentation vat. I’m often asked how to dye with woad balls but it’s a difficult exercise if you only have a few and one that is not very rewarding. It’s tempting to it « Middle-Age style » with woad but it’s far from easy. One must have a bit of experience in vats and especially fermentation vats, which are not easy to manage and are demanding a lot of attention. Then, woad is a very peculiar blue-yielding plant because it has a very low indigo content, which makes small scale tests not very conclusive. In Africa, they make balls out of other indigo plants and you can make a fermentation vat directly with them, it works quite well if you monitor your vat closely, but our woad will not play along as nicely…

Pendant le confinement, j’ai refait un essai de fermentation de cocagnes d’indigo africain. J’ignore de quelle espèce il s’agit, c’est une lectrice de ce blog qui m’en a ramené du Mali, mais en Afrique de l’Ouest, on utilise principalement Indigofera arrecta ou Lonchocarpus cyanescans (peut-être Indigofera tinctoria est-il cultivé lè-bas aussi?). Les cocagnes africaines ne sont pas compostées mais mises à fermenter dans des cuves avec de la cendre de bois (on ajoute des fruits pour nourrir la fermentation). Je n’en ai pas utilisé beaucoup mais j’ai tout de même obtenu une cuve vivante et avec une réduction de l’indigo visible. La même procédure avec quelques cocagnes de pastel n’aurais pas donné un aussi bon résultat… Testé il y a quelques temps et ce fut un échec… les plantes à indigo demandent chacune leurs procédés particuliers! Le pastel contient en effet deux précurseurs de la molécule d’indigo, l’indican et l’isatanB. Ce dernier n’est pas présent dans d’autres planes à indigo ou bien en très petites quantités.

During lockdown, I did another fermentation test with African indigo balls. I don’t know from which plant they came, it’s a reader of this blog who brought me the balls back from Mali, but in western Africa they use Indigofera arrecta or Lonchocarpus cyanescans (maybe some Indigofera tinctoria is grown too who knows?) The balls are not couched but used crushed in a fermentation vat with wood ash (and some fruits to feed the fermentation). I didn’t use much for my test but I got a lively vat with a good indigo reduction. the same procedure with a few woad balls wouldn’t be as successful… I tested a few years ago and was not impressed… each indigo-plant requires its special procedures! Woad contains 2 indigo precursors indican and isatanB. The latter is not present in other indigo plants or present in smaller amounts.

Au Moyen-Age en Europe, les cocagnes n’étaient qu’une solution de stockage temporaire des récoltes de pastel pour ne pas perdre le pigment, on ne les utilisaient pas directement pour teindre. Des spécialistes s’occupaient de préparer le pastel agranat qui était ensuite livré aux teinturiers. Le pastel agranat, c’est le résultat d’un processus de compostage (un peu comme le sukumo japonais) en couche épaisse, des cocagnes réduites en morceaux, Arrosé, retourné et surveillé de très près pour ne pas qu’il chauffe trop, ce « compost » mettait plusieurs semaines à être prêt. Ce procédé permettait de concentrer le contenu en pigment. Evidemment, on n’imagine pas reproduire ce procédé avec très peu de cocagnes… C’est comme si on essayait de faire composter un seau d’herbe coupée, pas assez de volume pour un compostage efficace! Donc, avant de vous lancer dans la travail assez dur de réalisation de cocagnes, posez-vous la question de savoir si vous allez valoriser une grosse récolte ou bien si vous le faite juste pour le plaisir d’essayer. Parce que monter une cuve avec très peu de cocagnes me semble un gaspillage de matière et d’énergie (je sais, pour l’avoir déjà fait…) et le processus de compostage pour faire de l’agranat avec très peu de cocagnes est sans doute mission impossible…

In medieval Europe, woad balls were merely a way to temporarily store the harvested woad without losing the pigment, there were nor used directly to make a vat. It was the work of specialists to process the woad balls into so-called couched woad, which was then delivered to the dyers. Couched woad is the result of a sort of composting (a bit like Japanese sukumo) in thick layers, the ground-up balls. Watered, turned and monitored very closely to avoid over-heating, the couched woad took a few weeks to be ready. You don’t imagine to reproduce a composting procedure like this with only a few woad balls… It would be like trying to compost a bucket of cut grass, not enough volume for an efficient compost! So, before getting to the hard work of making woad balls, consider if you really are going to harvest a lot or do it just for the fun of it. Because, as I said, making a vat with  just a few woad balls seems like a waste of material and energy (I know, I’ve done it…) and couching is probably mission impossible with a small quantity…

Pour faire mes cocagnes, j’ai trouvé mes outils préférés et ma manière la plus ergonomique et efficace. D’autres personnes vont utiliser des méthodes différentes, ne prenez pas la mienne comme la seule valable! La manière importe peu du moment qu’on obtient la bonne consistance, je dirais celle des horribles épinards hachés de la cantine quand j’étais gamine, la crème en moins… (c’est tellement bon les épinards quand on leur fout la paix!) Je hache d’abord les feuilles avec un hachoir de cuisine chinois puis je les écrase avec un gros galet plat et lourd que j’ai trouvé sur une plage il y a des années. Il faut que la boule qu’on forme avec ses mains se tienne bien, qu’on sente qu’on peut l’écraser sans qu’elle parte en morceaux, ça fait un son comme celui quand on marche dans une tourbière « squitch, squitch »…

To make my balls, I found my favorite tools and the technique I find the easiest and most efficient. Other people use different methods, so don’t take my technique for THE only technique! The technique is of no importance, the main goal is to get the right texture, I would say the one of the awful spinach we had at the school canteen, less the cream… (Spinach is so nice to eat when you leave it be without squashing it!). I first chop the woad into pieces using a Chinese chopping knife, then I squash the pieces with a big and heavy pebble I found on a beach years ago. The ball you are forming with both hands has to hold together, you have to feel that you can flatten it a bit without it falling apart. It makes a little sound much like when you walk in a bog, « squeech, squeech »…

Il faut bien éliminer le liquide des cocagnes en les pressant fortement entre les mains. Au début, c’est un jus vert vif qui va devenir brun puis transparent au fil des pressages. Le jus vert ne contient pas vraiment de pigment (j’ai testé!) donc pas besoin de le garder, c’est surtout de la chlorophylle. Il faut recommencer le pressage plusieurs fois et fortement, sur 2-3 jours, à mesure que les cocagnes commencent à sécher, elles vont réduire de volume. Séchez-les dans un lieu aéré et chaud et surveillez l’apparition de moisissures indésirables!
Si vous ne voulez pas avoir les mains bleues et qui sentent très fort pendant 1 à 2 jours, je vous recommande de porter des gants!

You have to press the balls strongly with your hands to get rid of as much liquid you can. First, the juice is bright green, it will become brownish then clear after a few squeezings. The green juice doesn’t contain blue (I tested!) so don’t keep it, it’s mainly chlorophyll. You have to press the balls a few times hard, over 2-3 days, while the balls are starting to dry, they will loose quite a bit of volume. Dry them in a ventilated warm place and check for mold, you don’t really want it!
Oh and if you don’t want to have blue and very smelly hands for 1-2 days, wear gloves!

Voici les cocagnes 2020 tout juste faites au-dessus des cocagnes de 2019, qui sont dures comme des cailloux à présent et attendent sagement leur heure!
Here are the 2020 freshly made woad balls above the 2019 ones, which are hard as stone now and await their time!

 

Extraction

J’ai déjà plusieurs fois parlé de l’extraction de pigment à partir des feuilles fraîches sur ce blog, vous pouvez lire le récit de mon premier essai (il y a déjà 7 ans!) ici. Je continue d’utiliser cette méthode qui marche bien chez moi, on peut aussi verser de l’eau bouillante sur les feuilles et laisser reposer une heure ou plus jusqu’à refroidissement avant extraction, certaines personnes préfèrent cette procédure. L’extraction à froid sur plusieurs jours comme pour d’autres plantes à bleu  (Indigofera, Persicaria…) semble beaucoup moins satisfaisante pour notre capricieux pastel qui décidément ne fait rien comme tout le monde! Certaines plantes à bleu donnent davantage de pigment quand l’extraction est réalisée avec ajout de chaux, qui favorise la précipitation du pigment, ça ne semble pas non plus le cas pour le pastel. L’extraction vous permettra d’avoir une idée du contenu en pigment de vos plantes, ce qui peut- être très utile pour monter une cuve! Pour rappel, c’est la concentration en g/l de votre cuve qui sera un facteur clé de la réussite de vos bleus, une cuve à faible contenu en pigment (je dirais en-dessous de 1g/litre) sera difficile à gérer et ne donnera que des bleus pâles.

I blogged a few times about indigo extraction from fresh leaves of woad, you can read about my first attempt here (7 years ago already!), the article is in french but you’ll find a link to the recipe in English in it! I still use this reliable method, but you can also just pour boiling water over the leaves and let it sit to cool down for an hour or more before extraction, some people prefer that method. Cold extraction over several days like for other indigo plants (Indigofera, Persicaria…) is much less efficient for our moody woad! Some indigo-bearing plants give more pigment when the extraction is done adding lime, which help with sedimentation of the blue, it seems that is not the case for woad. Extracting is a good way to know the yield of your plants, which is useful to set up a vat! In a blue vat, it’s the g/litre concentration of the pigment that is a key factor to get good blues. A weak vat (I would say under 1g/l) will be difficult to work with and will give only pale blues. 

Important à savoir: le pastel contient peu de pigment, quelques grammes par kilogramme de feuilles fraîches. Avec un kilo de feuilles, j’obtiens 4 à 6g de pigment chez moi, les abonnes années! Dans le Sud, cela peut être davantage dans de bonnes conditions de culture. Au début de mes extractions, je n’en obtenais que 1 ou 2g. Le pastel s’adapte à vos conditions de culture d’année en année si vous ressemez vos graines (je sélectionne les plus beaux plants pour monter en graine depuis des années) donc le rendement s’améliore sans doute avec le temps.

Important to know: woad contains little pigment, a few grams per kilo of fresh leaves. With one kilo of leaves, I get 4 to 6g at home in a good year! In the South, it can be more than that in good conditions. At first, I got only 1 or 2g. Woad will adapt to your growing conditions year after year if you resow your seeds (I always select the best plants each year for seeds) so the yield seems to get better with time. 

Après l’étape d’extraction, on a plusieurs choix pour se servir du pigment obtenu. On peut monter une cuve avec le bain d’extraction (ajout d’hydrosulfite ou bien ajout de chaux et de fructose etc.), On peut également laisser décanter pendant plusieurs heures pour récupérer ce qui se dépose au fond. Le liquide du haut est évacué et on transvase le fond qui contient le pigment dans des jarres ou des béchers en verre, dans lesquels on ajoute de l’eau de pluie avant de laisser décanter à nouveau. On refait ça plusieurs fois jusqu’à ce que le liquide soit clair et que la couche de pigment au fond soit bien visible (d’où l’intérêt des béchers en verre!). On élimine une dernière fois le liquide et on peut récupérer le pigment concentré. Celui-ci peut être conservé humide sous forme de pâte ou bien séché sur une assiette en porcelaine (c’est ce que je fais pour pouvoir peser et avoir une idée de mon rendement).

After the final step of extraction, you have several choices to use the indigo. You can set up a vat with the liquid by adding hydroslfite or lime/fructose etc. Or you can leave the pigment settle for a few hours to get the deposit. The liquid on top can be thrown away on the compost and the bottom part which contains the pigment poured into glass jars or beakers, adding some rainwater, and letting the pigment settle again. You do that a few times till the liquid on top is clear and you can clearly see the pigment deposit (hence the glass beakers!). Carefully remove the liquid a last time and you get the concentrated pigment. It can be stored as a paste or dried on a porcelain plate (this is what I do to weigh the amount and assess my yield).

Cultiver le Pastel -Growing woad

Le pastel se sème très bien même en climat frais, mais il a besoin d’une terre très riche en azote et pas trop compacte, pour pouvoir développer ses racines puissantes qui vont aller profondément dans le sol. N’espérez pas le cultiver en pot, il a besoin de beaucoup d’espace sous sa rosette de feuilles. Il suffit d’observer les plants de la deuxième année pour comprendre pourquoi: les fleurs et graines se forment au bout de très hautes tiges lourdes qui ont besoin d’une bonne emprise au sol, tout simplement. Très gourmande en azote, cette plante a besoin d’un enrichissement du sol pour bien se développer et donner davantage de bleu: l’azote se trouve dans les tontes, les déchets verts ou encore la corne broyée. Compost bien mûr ou fumier décomposé sont également de bonnes sources de nourriture azotée. On peut aussi cultiver des Légumineuses (qu’on appelle maintenant Fabacées qu’on se le dise!) l’année d’avant le pastel, car ce sont des plantes qui fixent l’azote dans le sol grâce à l’action de bactéries symbiotiques (soit dit en passant, les espèces d’Indigofera sont des Fabacées…). Il a également besoin de beaucoup de soleil pour donner son maximum de colorant, installez vos pieds de pastel dans l’endroit le plus ensoleillé de votre jardin.

Woad grows well even in colder climates, but it needs a nitrogen-rich soil that is not too compact, in order to have space for its powerful roots which go deep into the earth. Don’t hope to grow it in pots, it needs much space below its leave rosette. One only has to look at the second year plants to understand why: flower stalks are quite tall and heavy, therefore needing a good anchorage. Woad needs a lot  of nitrogen to give a lot of blue, i.e. enriching the soil with grass cuttings, compost, horn meal, horse manure etc. You can also grow leguminous plants the year before woad: these plants have the capacity of fixing nitrogen in the soil with the help of symbiotic bacteria (by the way, Indigofera plants are legumes…) Woad also needs a lot of sunshine, so plant it in the sunniest part of your garden.

Le pastel est une bisannuelle, c’est à dire une plante qui a un cycle végétatif de 2 ans: c’est seulement la deuxième année qu’elle produira des fleurs et donc des graines. A ce moment-là, n’espérez plus obtenir de pigment à partir des feuilles, il y en a encore moins que la première année, ce n’est pas la peine de se donner du mal. Laissez-le se ressemer tranquillement ou bien récolter les graines pour les semer vous-même en place. On peut semer en novembre ou bien en mars selon le climat. Chez moi, je préfère laisser le pastel se ressemer tout seul et j’éclaircis et transplante les jeunes plants au printemps. Si le pastel envahit trop, il suffit de couper les tiges fleuries avant les graines ou bien de carrément couper les plantes de deuxième année pour laisser la place aux jeunes!

Woad is a biennial plant, that means its cycle is over 2 years; it’s only during the second year that the plant produces flowers and seeds. At this point, don’t hope to obtain blue pigment from leaves, there is even less than the first year and not worth the effort. Leave it to seed naturally or gather the seeds to resow them. You can sow in November or early Spring depending on your climatic zone. here, I prefer letting the woad casting its seeds: when the little plants are strong enough, I replant them where I plan to cultivate. If woad becomes too invasive, you only need to cut the flower stalks before seeding or simply cut the second year plants to leave room for the young ones!

Alors, Pastel ou Persicaire? – So, Woad or japanese indigo?

Vous l’aurez compris, le Pastel (Isatis tinctoria)n’est pas une plante facile… Et pour teindre avec, il faut tout de même patience, engagement et une grande quantité cultivée! Si vous n’avez que peu de place pour cultiver, si vous êtes débutant en teinture bleue et si vous ne tenez pas absolument à utiliser le Pastel (oui, je sais, il a une aura historique quasi-mythique très sexy…), il existe une plante à bleu un chouia moins complexe et plus riche en pigment qu’on peut facilement cultiver en Europe: l’indigo japonais (Persicaria tinctoria). Non indigène en Europe, cette plante a cependant le bon gout de ne pas menacer nos écosystèmes en étant invasive car elle gèle! De croissance assez rapide, elle permet de faire plusieurs récoltes par an si les conditions sont bonnes. On peut extraire le pigment un peu comme avec le Pastel, mais en macération à froid, et on peut même utiliser les feuilles fraîches avec du sel pour teindre facilement de jolis tons vert-bleu. Beaucoup de professionnels l’ont déjà choisi en culture car son rendement est vraiment meilleur que celui du Pastel…

You see, Woad (Isatis tinctoria)is not an easy plant… And to be able to dye with it, you need patience, engagement and large quantities! If you don’t have much space to grow, if you are a beginner in blue dyes or if you simply want to dye blue from your own plants (yeah, I know, Woad has this historical almost mythical aura that is very sexy…), there is a plant that is a tad less challenging and containing more blue that you can easily grow in Europe: Japanese Indigo (Persicaria tinctoria). Non-indigenous to Europe, it has however the good taste of not being invasive and no danger for ou ecosystems as it freezes! Growing fast, you can expect a few harvests a year under good conditions. you can extract the pigment a bit like with woad but with a cold maceration and you can even dye with fresh leaves and salt for some blue-green shades. A lot of professionals have already chosen  to cultivate Persicaria as its yield is so much better than the one of Woad…

Moi j’aime mon pastel, même s’il m’a déjà rendu dingue parfois et que j’ai eu beaucoup d’échecs durant toutes ces années d’expérimentations! Mais je continue l’exploration, pour de l’archéologie expérimentale. Il y aura sans doute encore des surprises et sans doute aussi des déconvenues, mais c’est la vie!
Les graines de cette année ont déjà germées, je vais avoir du travail en perspective car il faut que je revoie toutes mes plantations et que je les agrandisse cette année! Entre teintures, essais et jardin, on n’a jamais fini! Mais ne sont-ils pas adorables, mes bébés Pastel?

I still love my woad even if it has driven me crazy sometimes and even if I’ve had many fails during these years of experimenting! I continue to investigate about it for the sake of experimental archaeology. There will probably be some surprises and probably some more fails on the way, but that’s life! 
This year’s seeds have already sprouted, I have some work to do because I have to rearrange my beds and make more space for them this year. Between dyes, trials and gardening, I never see the end of everything! But aren’t these Woad babies adorable? 

 

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12 commentaires pour Pastel, cocagnes et extraction – Woad, balls and extraction

  1. debmcclintock dit :

    This is an amazing blog entry. Thank you for taking time to explain the details. Deb Mc

  2. claude dit :

    Super intéressant comme d’habitude, un grand merci pour prendre le temps de nous faire partager votre travail.

  3. Françoise Dupéty dit :

    Coucou Micky
    Je suis à ma troisième récolté de feuilles de pastel…environ 1kg 200 à chaque fois..ce qui me donne un bleu moyen sur 300gr de laine.
    J’ai une « nursery » où des BB pastel attendent d’être repiqués..
    Question:
    à quel moment les repiquer?
    Septembre/octobre? Où février /mars? Où plus tard?
    Merci pour ta réponse Françoise
    Blue moon de pleine lune🌙🌕🌚⭐🌠

    • Salut Françoise!
      Tu as utilisé quelle méthode pour monter tes cuves??
      Perso, je repique une partie en octobre/novembre et une partie tôt au printemps. Ça dépend du temps qu’il fait et de la préparation de mes zones de culture. Il y en une partie que je prépare en automne (« lasagnes » avec compost/broyats/herbes) et que je laisse mûrir pendant l’hiver avant de repiquer le pastel dessus.
      Amitiés, Micky

  4. Jean Marie dit :

    Oui c est beaucoup de travail et ce ne peux être réalisé que par des passionnés.
    Si cela peux aider avant de récolter vous pouvez estimer la richesse de la plante comme suit :
    Un feuille fraiche d isatis
    100 cc d eau froide comprenant 2g/l de soude ou de potasse caustique.
    2 échantillons de tissu coton blanc
    Un fer a repasser
    Tremper un des deux morceau de coton dans le bain alcalin,essorer a la main
    Poser a plat ,y déposer la feuille d Isatis
    Recouvrir du deuxième morceau de coton non trempé
    Sur ce sandwich poser le fer q ques secondes en mode vapeur.
    Un joli print d Indigo apparaitra , et sa hauteur de ton donne une indication de la richesse de la plante ,ceci bien sur en comparaison a d autres prints a garder en bibliothèque.
    L explication réside , ce que tout le monde sait,en ce que les précurseurs de l Indigo,dont vous parlez plus haut, ne formeront l Indigo qu ensuite par dimèrisation au moment de l extraction.
    Mais l astuce içi c est d avoir formé l Indigo ,de la meme manière ,mais directement dans le cortex du coton.
    Il y a d ailleurs , sur la planète , des études complexes a partir d enzymes spécifiques etc.., qui visent a prélever puis conserver les précurseurs en l état pour pouvoir teindre ensuite directement sans passer par la cuve de réduction.
    On en a jamais fini.
    Bonne continuation a tous
    Jean Marie

    • Oh oui on en a jamais fini!
      Vous m’aviez donné ce truc et je l’utilise pour comparer les qualités/rendement de mes deux zones de culture et pour voir si une extraction vaut le coup, ça marche très bien! 🙂

    • Atelier Mademoiselle C dit :

      Très intéressante technique. merci pour votre savoir et Merci à Micky de partager aussi largement ses connaissances.

  5. Clara dit :

    passianon, merci et bravo!!

  6. Clara dit :

    *Passionnant, pardon !
    🙂

  7. Manaa dit :

    Super post! Bourré de pépites d’informations, merci beaucoup Micky. Dis moi, est-ce que tu pourras nous en dire plus sur le montage d’une cuve a partir de cocagnes? (de pastel ou même de persicaire)

    • Merci!
      je ne donne pas de « recettes » pour ça, parce que c’est, je pense, à chacun de voir comment il fait en fonction de ses expériences de fermentation, qui sont toujours complexes… Une cuve de bleu c’est une base (milieu alcalin) + un réducteur pour que ça marche. En fermentation, c’est celle-ci qui va réduire le milieu c’est à dire consommer l’oxygène (pour faire simple…). Dans le cas d’une fermentation à partir de cocagnes, c’est la matière végétale contenue qui va « nourrir » la fermentation et donc favoriser la réduction. Il « suffit » donc de faire fermenter les cocagnes concassées dans un milieu alcalin (à base de potasse ou de soude, ou de chaux mais je n’ai jamais essayé de la chaux en fermentation ou dans de la vieille urine). Bien entendu tout ça à température de fermentation!
      Une fois que ça fermente, c’est parti pour la réduction de l’indigo si tout se passe bien, mais attention, les cocagnes ça fermente parfois fort et donc le pH risque de baisser rapidement. Ensuite c’est une danse sur le fil pour garder l’équilibre dans la cuve, il faut vérifier régulièrement le pH (ajouter de la base si ça baisse) et teindre dès que le déverdissement est bon. Dans mes expériences à petite échelle, la cuve s’épuisait rapidement (forcément, car peu très d’indigo présent comme je le dis dans l’article!) C’est une cuve à laquelle il faut se consacrer plusieurs fois par jour, il suffit parfois de quelques heures pour qu’elle bascule… 😉
      Amitiés, Micky

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