[article technique] La différence entre les motifs et leurs diagrammes

Le débutant en tissage aux tablettes commence souvent par des diagrammes dits « simples » et des motifs « d’enfilage », terme peu élégant dont je m’excuse,  mais il n’y a pas encore de terme français vraiment adéquat pour ce genre de motif… Les Anglo-Saxons, avec leur bon sens habituel, les appellent « threaded-in patterns », ce qui représente exactement ce que c’est: des tissages où le motif est obtenu grace à l’enfilage (ou la mise en carte), ce qui correspond au terme allemand « Einzugsmuster » qui veut dire la même chose.

Prenons un exemple « classique » de motif d’enfilage, qui est bien souvent le premier motif un peu plus complexe que choisit de réaliser le débutant en tissage aux tablettes, le motif de la « vague », « cornes » ou encore « chien courant ». Soit dit en passant, ce n’est pas un motif adapté à la reconstitution historique: d’après les sources, il s’agit d’un motif d’Anatolie du XIXème siècle. La très grande majorité des galons historiques ne sont pas des motifs d’enfilage… Le diagramme donné est le suivant:

Ici, on voit bien qu’on n’a pas beaucoup de choix pour mettre en place les fils de différentes couleurs sur les tablettes. Le diagramme donne à la fois les enfilages et la position de départ du tissage (classiquement ici on démarre avec A et D en haut). Une seule erreur (S ou Z ou une couleur qui n’est pas à sa place) et le motif n’apparait pas! Sur ce motif, les tablettes 6-7 et 13-14 tournent toujours dans le même sens tandis que les autres ont un rythme 4/4.

Venons-en au tissage à proprement parler, là aussi pas de grosses possibilités de variations, à part des changements de sens possibles tous les 4 tours (inversion du sens de rotation). A peu près la seule chose qu’on peut faire différemment sur ce genre de tissage, c’est un rythme 4/4, mais qui n’a pas beaucoup d’intérêt…

Et c’est à peu près la même histoire pour presque tous les motifs d’enfilage: pas de grandes posibilités de variation et donc aucune liberté!

Passons aux autres motifs maintenant. A la différence des motifs d’enfilage, toutes les tablettes portent les mêmes enfilages, variables selon les « techniques » utilisées (les termes utilisés sont assez largement répandus et acceptés dans la communauté internationale des tisserands aux tablettes).

  • Deux fils sombres alternant avec deux fils clairs pour: double face, sergé (3-1 broken twill), diagonales larges par exemple
  • Un fil sombre, un fil clair, un fil sombre, un fil clair pour: diagonales fines, Sulawesi (avec souvent trois couleurs, mais toujours clair/sombre/clair/sombre)
  • Trois fils sombres/clairs avec un fil d’une autre couleur: « Kivrim »
  • Variations de « missed hole » où 1 à 2 trous de tablettes ne portent pas de fil

Cette caractéristique a un gros avantage: on peut s’affranchir du casse-tête de l’enfilage tablette par tablette et on peut donc utiliser l’enfilage en continu (ce qui permet par exemple d’avoir une chaine circulaire ou presque, voir à ce sujet les pages à du Collingwood par exemple). On n’a plus besoin non plus, à priori, de marquer les coins des tablettes ABCD et de tenir compte de ces marques. Perso, je fais juste une marque sur les tablettes des bordures pour savoir où j’en suis si jamais je perds ma ligne, le reste est donné par les diagrammes. Si jamais je fais une erreur en tournant les cartes, je le verrais assez rapidement avec un fil qui n’est pas à sa place dans le motif! A la différence des motifs d’enfilage, le rythme ne sera plus régulier, mais on suivra un diagramme qui se présente classiquement comme une grille.

Prenons un exemple des possibilités d’un enfilage 2 sombres/2 clairs. On peut théoriquement se lancer dans du broken twill, du double face ou bien des diagonales, y compris de jolis motifs complexes! 😉 Tout va dépendre d’une seule chose: le sens d’enfilage S ou Z et la position de départ! Je me base sur la façon de noter sur le site de Babette qui compte de nombreux motifs, tous les diagrammes se lisent de bas en haut et les points colorés en bas montrent la position de départ. L’avantage de ces diagrammes est qu’ils montrent aussi le sens et la couleur des fils dans le tissage (par contre, « mon » S est un Z chez Babette et vice-versa!)

Les gros points colorés montrent les couleurs qui doivent se trouver dans les trous de tablettes en haut, comme si on les regardait de haut quand on est prêt à tisser. C’est pas compliqué, n’est-ce pas? Après, retour à la logique intrinsèque du tissage aux tablettes pour voir comment le motif se met en place. On peut également créer ses propres diagrammes en utilisant des feuilles excel ou des feuilles papier à carreaux.

Il est à noter que la grande majorité des pièces historiques sont réalisées avec des enfilages identiques pour toutes les tablettes et que les fameux « motifs d’enfilage » sont très rares. Il y a des exemples du Moyen-Age anglo-saxon. Pourquoi ? Est-ce que les motifs d’enfilage « simples » mais qui finalement ne sont pas si simples à la mise en cartes, étaient utilisés ou très peu ? Est-ce que les tisserands des temps anciens n’avaint pas une telle maîtrise de la technique qu’ils ne faisaient que « du complexe » ? A toutes ces questions, il n’y a sans doute pas de réponses indiscutables… Les traces archéologiques textiles sont fragmentaires et personne n’a regardé par-dessus l’épaule des tisserands au tablettes de l’Age du Fer ou du Moyen-Age…  On ne peut que constater que parmi les plus anciens tissages aux tablettes retrouvés, je pense notamment à ceux de l’Age du fer (Hallstatt ou Hochdorf), il y avait beaucoup de sergé, l’une des techniques les plus complexes au niveau des séquences de rotation…

En outre, il me semble que la plus grande différence entre ces deux types de tissages est la façon de « penser » le tissage à venir. On voit bien que c’est à la mise en carte / enfilage que se prépare le tissage des motifs d’enfilage, alors que les autres se préparent à la mise en place de la chaîne.  Il m’arrive très souvent de commencer un tissage et de me dire « tiens, si j’ajoutais un petit motif de transition » et hop, je griffonne  et j’ajoute un motif. 😉 Je trouve que la démarche est totalement différente au niveau de la façon de créer!

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